Bonjour a tous et a toutes,
Lundi 7 mai 2007, sept heures du matin, derniere journee des vacances, je m en vais ce matin acheter mon petit dejeuner dans la rue, un baozi a la viande de porc, un baozi aux legumes, une galette au navet, du lait de soja. Il fait deja tres chaud, je me ballade sur le campus de l universite de Nanda, les chinois jouent deja au basket-ball ou font leur jogging, les chinoises ont mises leurs jupes qui flottent dans le vent qui nous vient du Changjiang (le Yangtze). En passant, je jette un coup d oeil sur l etalage de journaux du marchand a la grande porte de l universite. Je feuillette les pages du journal local, en derniere page, il y a les nouvelles internationales, je lis : Nicolas Sarkozy est devenu president de
la .
J
avais totalement oublie ce qui se tramait en pendant que je dormais, epuise par la semaine de voyage.
La
m est revenue d un coup a la memoire, au milieu d une ruelle de
Nanjing
alors que les byciclettes vont et viennent, entoure des marchands de fruits et de nouilles. C est que
la
, c est si loin. Je me suis dit, bon, il faut que je vous ecrive le recit de ces vacances du premier mai.
En Chine, pas de vacances de Paques, mais une semaine de conges pour la fete communiste du travail. Du coup, les chinois en profitent pour partir sur les routes et les rails. Le premier mai est un pic touristique. Mais ce n est pas cela qui allait m empecher de partir. J ai donc quitte
Nanjing
lundi dernier par une journee pluvieuse, en compagnie de Zanna, une amie allemande. Deux heures seulement pour rejoindre Shanghai, a bord du tout nouveau train a grande vitesse, baptise harmonie, le nouveau mot a la mode en republique populaire de Chine. Hu Jintao a lance le mot et voila qu il se multiplie un peu partout, sur toutes les banderoles qui fleurissent un peu partout en Chine, celebrant la construction d une societe et d une economie socialistes de
marche
. Deng Xiaoping avait lance le celebre : ‘enrichissez-vous’ appellant a la constitution d une classe moyenne, mais avec le developpement croissant des inegalites entre les plus riches et les plus pauvres, le gouvernement prefere aujourd hui le mot d ordre d une societe harmonieuse – soucieuse de mettre fin aux inegalites- voeux pieux dans une societe de transition du socialisme au liberalisme, de l assistanat a l enterprise privee. Deuxieme passage a
Shanghai
, ville de tous les superlatives, vitrine de
la Chine
a l occidentale, mais ce n est pas nouveau. Shanghai a une tradition d occidentalisation, depuis les concessions etrangeres a
la Zone
Economique
Speciale de Pudong. Mais nous ne nous arretons pas dans la ville cosmopolite, deux heures de bus nous amenent dans l immense zone portuaire de
Shanghai
d ou part le bateau qui nous menera a Putuoshan. Si tu ne parles pas chinois, essaie meme pas de trouver le quai, ce ne fut pas sans obstacles, mais bon, on y est arrive. Pas un occidental en partance pour l archipel de Zhoushan – au large des cotes du Zhejiang. Huit heures, le bateau quitte la rade alors que defilent les docks illumines sous la lumiere de la lune. Nous dormons dans une piece de vingt personnes. L air du large, la mer de l ouest, le bruit des machines, l odeur de l huile, le son des sirenes, cette impression de partir loin, le bonheur du voyage. Au petit matin, nous voguons entre des rochers emergeant de la mer, puis apparait Putuoshan, la terre de Guanyin, avec sa gigantesque statue de 33 metres. Deux jours passes sur l ile, a arpenter tous les chemins, longer les longues plages ou l on croise quelques moines contemplant la mer alors que la jeune classe moyenne prefere les joies du squad. Symbole eclatant du contraste entre deux Chines. La jeunesse aime le bruit, il lui faut sans cesse la musique pop, ou le bruit de moteurs. Elle vient tout juste de decouvrir les plaisirs de la consommation, alors que nous, sevres, cherchons a nous en eloigner. Mais il reste heureusement certaines plages a l ecart de cette contamination moderne. Le soir tombant, ballade au milieu des plantations de the, on croise certains petits sanctuaries dans des grottes naturelles, sur les petits sentiers a flanc de colline on croise quelques nonnes se promenant. Les touristes convergent vers les restaurants de produits de la mer, au demeurant tres chers. Putuoshan est une tres belle ile, dotee d une vegetation luxuriante. Il faut se ballader dans ces temples, dans la fume d encens ou se prosternent les pelerins devant les gigantesques statues du dieu du pantheon bouddhiste. Chaque roche est animee de calligraphies de stances bouddhistes. Grotte du bruit des vagues, plage des mille marches, pavillons dominant l ocean, roches abruptes plongeant dans les eaux, chaque lieu reserve des surprises. Le temps a ete magnifique et en plus d belles images, j ai ramene de Putuoshan des coups de soleil.
Zanna est repartee pour Shanghai, j ai poursuivi quant a moi la route plus loin, avec
Hangzhou
comme objectif. Mais pas facile de quitter l ile. Une heure et demi pour acheter un billet, une nouvelle heure d attente pour embarquer, et se endre compte inalement que le bateau ne m amene pas l;a ou je souhaite aller. Tous les chinois me devisagent, et j entends derriere moi le mot sans cesse repete ‘laowai, laowai’ (etranger). Je me sens un peu perdu, sur ce bateau entre les iles Zhoushan. Les chinois sont comme des grands enfants, il faut les voir tous courir pour embarquer sur le bateau. J aboutis sur un caillou desert, cherchant un bus qui m amenera a la nuit tombante dans le port de Shijiamen. Surprises de la mondialisation, la premiere chose que j apercois est un Auchan flambant neuf a l entrée de la ville. Hotel miteux ans le centre ville, toilettes et douches communes sans eaux haude, bien evidemment. Et je ne m etends pas sur les toilettes chinoises, simplement vous dire que les toilettes publiques ont bien souvent meme pas de cloison, ou sinon le strict minimum. A la gare de bus, les chinois s amusent a voir un laowai qui parlent chinois. Ils rient plutou que de repondre a mes questions. Je quitterai le port le lendemain. Cinq heures de bus, dont une heure en bac, pour rejoindre
Hangzhou
. Arrivee dans une chaleur caniculaire, gare routiere de l est, des foules de chinois venus des quatre coins du pays, et un veritable defi s impose a moi : trouver une chambre au plein Coeur du pic touristique de ces vacances. Je n ai pas beaucoup d espoir du cote des hotels, alors je mise tout sur le centre des etudiants etrangers de l universite de Zheda. Pari gagne, j obtiens une chamber en plein Coeur du campus verdoyant, domine par l imposante batisse de la bibliotheque qui fait face a une colossale statue de Mao Zedong. C est la deuxieme statue de Mao que je vois en Cine, la premiere etant a Chengdu, la capitale du
Sichuan
. Le parti communiste reste de fait tres present dans le monde des universites, car il sait bien que les revoltes et manifestations partent traditionnellement de celles-ci. Le Mouvement du 4 mai 1919, ou la tragedie de Tiananmen en 1989 en sont des exemples flagrants. La ligue de la jeunesse vise toujours a encadrer ideologiquement les etudiants. Deng Xiao Ping avait d ailleurs declare au lendemain du massacre du 4 juin 1989 a Tiananmen : “s’il y a eu 1989, c est qu’il y a eu un echec de la formation politique aupres des etudiants”. Avant 89, les tudiants etaient idealists, curieux, et se sentaient responsables de l avenir de la societe, pour advancer progressivement vers la democratie et la liberte. Mais les temps ont change avec une generation moins idealiste, plus pragmatique et realiste, plus centre sur elle meme, plus egoiste en somme. La majeure partie d entre eux ne trouve pas d employ une fois le diplome obtenu alors que les frais d universite sont de plus en plus eleves et qu il faut s endette toujours plus. Plus de movement d emancipation n est veritablement possible du fait de deux raisons : le travail de sape et de controle de l Etat chinois en premier lieu, puis le developpement de l economie de
marche
qui a fait de l enrichissement un mot d ordre plutot que les inspirations a la democratie. Bref, deux pressions, politique et economique, qui encouragent l individualisme. Il est paradoxal et flagrant de voir combine le communisme, d esprit collectiviste, a entraine un tres
fort
individualisme
en fait. Le chinois n a pas conscience de l espace public et on le voit par exemple a travers cette habitude de ne pas mettre les dechets a la poubelle mais de les jetter a meme la rue ou la nature. La politique de l enfant unique va engendrer egalement un developpement de l egoisme et des problemes pychologiques des individus qui recoivent une pression enorme du fait qu ils incarnet tous les espoirs de leur famille. J arrête la ces aspects tres interessants de la societe chinoise.
Hangzhou
est une ville magnifique, avec son lac de l’Ouest parseme d iles reliees par des ponts et de longs bancs de terre. Les berges du lac sont fort boisees et on peut parcourir Durant des heures des jardins a la chinoise, ou chaque detour du chemin reserve des surprises, ponts, etangs, pavillons, lanterns, maisons de the. J ai a
Hangzhou
une amie chinoise, Xiaona, qui m a une journee durant fait decouvrir la ville. C est toujours un plaisir de decouvrir une ville chinoise en compagnie de quelqu un qui en connait tous les coins et les histories. Le centre est tres grand, a la chinoise, avec de hauts buildings, des mac donalds, des KFC, un starbucks, d immenses galleries commerciales… Pluie fine et brumes pour le dernier jour a
Hangzhou
, derriere la bibliotheque de l universite, un chemin monte a l assaut des monts qui environment le lac de l oust. Plusieurs heures de
marche
sur les lignes de crete, dominant la ville et aboutissant au Coeur de plantations de the avant de rejoinder le lac. Et puis, c est le retour pour
Nanjing
, et des vacances qui s achevent. Plus que quatre semaines de cours en fait, et trois dossiers a teminer en plus des cours de chinois. Bref, pas vraiment le temps de chomer les semaines qui vont venire. Mais ce voyage aura ete l occasion de recharger ses batteries et l envie de repartir une nouvelle fois dcouvrir les merveilles d un pays a l echelle d un continent. Je n hesiterai pas a mettre les photos du voyage, laissez moi juste un peu de temps.
p.s. : salut Marion, heureux d avoir de tes nouvelles. Je n ai pas acces a wanadoo de Chine. Je te donne mon adresse hotmail : siegfried.f@hormail.fr
Je vous dit a bientot.
Siegfried.